Des revendications depuis longtemps non satisfaites

Depuis plusieurs années, les syndicats enseignants demandent des augmentations substantielles de salaires et une égalisation des statuts.

Un enseignant mauritanien du premier degré perçoit, en début de carrière, 8780 ouguiyas, soit 213 euros. De plus beaucoup d’enseignants ne sont pas titulaires et embauchés sous des statuts divers mais pour la plupart défavorables, ainsi les « instituteurs adjoints », recrutés à des niveaux de diplôme inférieurs, ne touchent que 192 euros par mois, quand les contractuels perçoivent 141 euros. Le salaire d’un jeune professeur de lycée ne dépasse pas 270 euros. La forte inflation que connaît le pays a paupérisé les enseignants, qui n’ont pour la plupart d’autre solution qu’un double emploi ou des cours particuliers pour subvenir aux besoins de leur famille. A cela s’est ajoutée la fermeture des écoles de mars à septembre 2020, qui a privé nombre d’enseignants de leur « double » emploi dans les écoles privées qui n’ont plus versé de salaire. Selon Sidi Boudide, ancien secrétaire général du SNES, « le maigre salaire de la fonction publique ne peut le plus souvent couvrir que 25% des dépenses des enseignants ». Amadou Tidjane Ba, le nouveau secrétaire général du SNES, explique que « les revenus autres que le salaire, cours particuliers à domicile ou à l’école, permettent à certains enseignants de toucher 14 000 ouguiyas par mois », soit 340 euros. Le gouvernement mauritanien a toujours misé sur ces revenus annexes et à la charge des familles pour laisser les salaires de l’enseignement public à un niveau très bas.

En juillet dernier, le SNES Mauritanie, membre de la coordination intersyndicale, signalait déjà l’insuffisance des efforts gouvernementaux en direction du système éducatif. La coordination dénonçait alors « un système éducatif en crise, immuable et statique», elle regrettait que, « concernant la réforme du système éducatif, les démarches n’aient guère franchi la phase théorique, en dépit de l’adoption en conseil des ministres, depuis plus d’un an, d’une feuille de route ». Enfin, la coordination demandait au ministère de l’Éducation de suspendre les « méthodes d’intimidation » contre les enseignants grévistes, intimidations qui « n’ont dans les faits, servi qu’à aggraver la situation ». Le 2 juillet la coordination organisait un sit-in devant le ministère.

Ce même-ministère a finalement programmé des journées consultatives sur la réforme de l’éducation promise de longue date, entre le 21 et le 24 octobre, dans la plupart des régions du pays, mais sans que cela débouche sur des décisions effectives.

L’exaspération des enseignants à son comble

Aujourd’hui, fortement sollicités durant la pandémie comme leurs collègues du monde entier, les enseignants mauritaniens sont en colère. Cinq syndicats de l’enseignement secondaire et primaire de Mauritanie ont déposé une plateforme assortie d’un préavis de grève de cinq jours du 21 au 25 février. La coordination regroupe cinq organisations : le Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES), l’Alliance des professeurs de Mauritaniens (APM), la Fédération générale des travailleurs de l’éducation (FGTE), le Syndicat Indépendant des professeurs de l’enseignement secondaire (SIPES) et le Syndicat libre des enseignants de Mauritanie (SLEM).

Leurs revendications portent sur l’augmentation substantielle des salaires et indemnités, le paiement de l’arriéré des primes, l’intégration des instituteurs adjoints dans un corps unique du premier degré,

dans le cadre d’une révision générale du statut des enseignants du premier et du second degré, qui impliquerait aussi l’équité des statuts dans le second degré. Enfin, les enseignants réclament l’attribution de terrains et une politique efficace de logement, ceux-ci étant souvent confrontés à de grandes difficultés financières pour s’établir dans les postes auxquels ils sont affectés, souvent loin de leur région d’origine. Sidi Boudide faisait remarquer que des enseignants affectés à Nouakchott, où les loyers sont chers, n’ont pu rejoindre leur village ou petite ville d’origine où ils auraient été gratuitement hébergé par leur famille, en raison de la longue fermeture des axes routiers et de l’interdiction de circuler entre les provinces au début de l’épidémie. Amadou Tidjane Ba, secrétaire général du SNES, souligne le fait qu’un loyer d’un logement modeste à Nouakchott s’élève à 4000 ouguiyas (100 euros), soit la moitié du salaire d’un instituteur débutant.

Pour le moment, le gouvernement mauritanien n’engage aucune négociation avec les cinq organisations syndicales et témoigne à leur encontre d’une forme de mépris :  « le conseiller du ministre de l’éducation chargé des affaires syndicales avait convoqué les cinq secrétaires généraux des syndicats signataires de la grève le 3 février pour connaître les motifs de la grève même si un préavis détaillé avec les doléances était déposé le 21 Janvier. Il nous avait promis de voir le ministre et de nous rappeler pour des négociations. Aucun contact depuis ce jour » déplore Amadou Tidjane Ba.

Il reste donc à nos camarades mauritaniens à réussir leur grève, à laquelle le SNES-FSU apporte son soutien.


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