La jeunesse marocaine est en colère. Elle étouffe dans le carcan traditionaliste de la monarchie marocaine. Elle est excédée par le chômage, les inégalités sociales et territoriales, la corruption et le manque de droits constitutionnels. La crise actuelle est celle d’un Maroc à deux vitesses qui se fracture. D’un côté, un tiers de la population n’est ni en études, ni en emploi ni en formation et des besoins primaires de la population ne sont pas assurés. De l’autre, le pays dépense des milliards d’euros dans l’organisation de la coupe du monde de football 2030 ou dans des infrastructures qui ne bénéficient qu’aux plus riches. La jeunesse réclame de meilleurs services publics notamment pour l’éducation et la santé. C’est d’ailleurs la mort de huit femmes lors d’accouchements par césarienne à l’hôpital public d’Agadir qui est à l’origine des premières protestations le 27 septembre.

« Liberté, dignité et justice sociale »

Cette jeunesse se rassemble dans des collectifs comme « Marocains GenZ 212 » (l’indicatif téléphonique du Maroc). Ce dernier, très horizontal dans son fonctionnement, utilise massivement les réseaux sociaux et les plateformes en ligne. Le Discord du groupe est devenu une grande agora où l’on discute des sujets de société, où l’on s’échange les nouvelles, où l’on prépare les manifestations du soir et où l’on débriefe le rassemblement de la veille. Sans être massives, les manifestations réunissent plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles beaucoup de mineur·es, qui ensemble reprennent ce slogan : « Liberté, dignité et justice sociale ». À travers ces manifestations, c’est un « nouveau contrat social » que veut la jeunesse. Elle espère rencontrer le même succès que la Génération Z népalaise qui a obtenu début septembre la démission du Premier ministre. Cependant, pour l’instant, ses appels à la démission du gouvernement sont restés sans effets.

Répression brutale et concessions budgétaires

Le gouvernement marocain n’a pas reproduit l’erreur de son homologue népalais qui avait coupé l’accès aux réseaux sociaux, ce qui avait renforcé les manifestations. Au Maroc, un simple appel en ligne à la manifestation peut valoir cinq ans de prison. Lors des mobilisations, la police filme les manifestant·es pour les identifier et les interpeller ultérieurement ou intervient violemment. Les arrestations sont nombreuses, plus de 2 000 mi-octobre, les blessé·es se comptent par centaines et plusieurs morts sont à déplorer dans la ville de Lqliaa. Les premiers verdicts des tribunaux sont sévères avec des peines de prison allant de 3 à 20 ans de prison ferme. Dans le même temps, le syndicat de l’enseignement supérieur appelait à une grève de deux jours pour dénoncer une réforme du financement des universités qui le lie au secteur privé et marchand, hypothéquant l’avenir de l’indépendance académique des établissements et le droit à un enseignement supérieur public gratuit.

Les préoccupations syndicales, et particulièrement la défense de l’Éducation publique, rejoignent ici celles des manifestant·es. La conjonction des revendications et le risque d’extension des mouvements sociaux ont sans nul doute pesé sur les annonces royales du 20 octobre dernier. Le projet de loi de finance 2026 devrait donc intégrer une augmentation de près du 10 % du PIB pour l’éducation et la santé, soit près de 13 milliards d’euros supplémentaires, la création de 27 000 postes, la rénovation d’hôpitaux et l’ouverture de centre hospitaliers

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