Un drame qui réveille les consciences

L’école élémentaire et pré-élémentaire de l’AFN, à Maradi, était une « école-paillote », construite en paille et en bois. Deux classes ont pris feu, à la mi-journée, pour des raisons inconnues jusqu’à présent, et le feu s’est rapidement propagé aux autres classes de l’école. 26 écoliers ont été piégés dans l’école et sont morts étouffés ou brûlés, 14 écoliers ont été hospitalisés et l’un d’eux est mort de ses blessures peu de temps après. L’intervention des pompiers n’a pu empêcher ce drame. Ce sont donc 27 très jeunes enfants que leurs parents ont enterrés mardi 9 novembre, dans une grande douleur et une grande colère. Le gouverneur local a décrété trois jours de deuil dans la région. Craignant une déflagration politique, plusieurs ministres du gouvernement ont parcouru les 620 kilomètres qui séparent Maradi de la capitale Niamey pour participer aux obsèques. Le président Mohamed Bazoum a promis des mesures rapides et la télévision a diffusé plusieurs reportages sur l’incendie, suscitant beaucoup d’émotion dans tout le pays.

Le problème des “classes-paillotes

Les « classes-paillotes » ont été construites en nombre depuis la fin des années 1970 pour faire face à moindre coût aux flux des nouveaux élèves. Le Niger compte en effet parmi les pays ayant la plus forte natalité au monde et un nombre moyen d’enfants par femme de 6,8. Selon les statistiques-mêmes du ministère de l’Éducation nationale, il y a environ 36 000 « classes-paillotes » dans le pays. Ce sont évidemment des structures très fragiles et inflammables, reconstruites presque chaque année, ce qui alimente d’ailleurs le marché de petits entrepreneurs locaux spécialisés dans ce type de constructions. Mais ces consolidations permanentes restent beaucoup moins chères que des structures en dur.

Dans ce type d’écoles, les incendies ont été nombreux ces dernières années et celui de Maradi, pour tragique qu’il soit, n’a pas surpris. En avril dernier, dans l’un des quartiers les plus pauvres de Niamey, la partie pré-élémentaire de l’école primaire Pays Bas, brûlait entièrement, faisant 20 victimes parmi les jeunes élèves. D’autres incendies avaient déjà eu lieu dans la même école. Issoufou Arzika, du SNEN, ajoute : « les incendies ont été fréquents dans ce type d’écoles jusqu’à la fin de l’année scolaire 2020-21. Depuis la rentrée de 2021, les incendies déclarés sont tous survenus dans la ville de Maradi, le premier était d’origine criminelle, dans un collège. Le jour-même du drame de l’école primaire de l’AFN, un autre incendie s’est déclaré dans une autre école de la ville, mais sans faire de victimes » .


Et maintenant ?

L’opinion publique nigérienne est très choquée par ces incendies à répétition, par le nombre et l’âge des victimes, ce d’autant plus que durant la campagne présidentielle de 2020, Mohamed Bazoum, candidat à la succession de Mahamadou Issoufou, avait promis la fin des structures en paille dans les écoles et un budget beaucoup plus conséquent pour les constructions scolaires. Le gouvernement nigérien, après le drame de Maradi, vient d’annoncer l’interdiction formelle des « classes-paillotes » dans tout le pays, au niveau pré-élémentaire (maternelles et jardins d’enfants). Pour parer à la rapide construction de structures en dur, 22 % du budget national sera affecté au secteur éducatif en 2022.

Si ces mesures rencontrent l’assentiment des syndicats nigériens de l’éducation, elles n’en demeurent pas moins incomplètes. Selon Issoufou Arzika : « cette mesure conservatoire, et prompte, est à saluer. Cependant, les acteurs s’inquiètent quant au droit à l’éducation de tous ces enfants qui ne fréquenteront plus l’école durant cette année scolaire » car la construction de nouvelles structures en dur prendra plusieurs mois. «  En milieu rural, où ces incendies ne sont pas un phénomène fréquent, on pourrait repousser un peu la mesure, ou la limiter aux centres urbains ». Le SNEN avait déjà demandé, en avril 2020, après l’incendie de l’école Pays Bas de Niamey, de renoncer aux matériaux précaires en particulier pour les classes pré-élémentaires. Pour les militants du SNEN, il est beaucoup plus difficile d’organiser une évacuation des jeunes enfants en cas d’incendie, en raison de phénomènes de panique et de la plus grande sensibilité des enfants de à 4 à 6 ans aux émanations de gaz.

Le Niger reste l’un des pays les pauvres du monde, en proie à de nombreuses attaques de groupes djihadistes et à de grandes difficultés de développement malgré sa richesse en uranium.


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