La nécessité de reconfiner

Après avoir rouvert écoles, musées, cinémas, cafés et restaurants en terrasse, début février, l’Italie a dû se résoudre à reconfiner. Les taux d’incidence s’étaient envolés dans le nord du pays, autour de Rome et même dans certaines régions du sud. On avait pu dénombrer début mars parfois plus de 500 morts par jour. Désormais, et pour un mois au minimum, 40 millions d’Italiens se retrouvent sous confinement : les établissements publics sont fermés (écoles, collèges, lycées, universités, musées) ainsi que les commerces non essentiels, les bars et restaurants, le couvre-feu est imposé de 22h à 5h du matin. Les autres régions sont en « zone orange », avec des établissements scolaires ouverts et des bars et restaurants qui peuvent faire de la vente à emporter, mais il est interdit de circuler entre les différentes régions. Les mesures de confinement seront renforcées dans tout le pays pendant le week-end pascal. Pour Graziamaria Pistorino, secrétaire nationale de la FLC-CGIL, la nécessité de reconfiner était une évidence : « il s’agit de prises de décisions politiques qui sont étroitement liées aux estimations scientifiques. Le sujet le plus important est la santé publique et le contrôle de l’épidémie : face à l’augmentation des taux d’incidence, il était nécessaire de décréter des mesures plus strictes que celles qui étaient en vigueur. »

La campagne de vaccination a débuté début janvier comme dans la plupart des pays européens mais le taux de vaccination est très variable selon les régions. Ainsi, le pourcentage des plus de 80 ans ayant reçu les deux doses de vaccin varie de 36,5% dans le Haut-Adige à 2,6% en Sardaigne. La Lombardie a dû faire face de grandes difficultés à organiser sa campagne, en raison de dysfonctionnements du système de réservation. Or c’est aujourd’hui l’une des régions les plus touchées par la troisième vague. La lenteur de la vaccination ne permet donc pas encore de lutter efficacement contre la propagation du virus.

Quel niveau de prise de décision?

« A nouveau le chaos dans les écoles lombardes, il est plus urgent que jamais qu’il y ait une gouvernance nationale de la crise sanitaire »  titrait sur son site web la FLC-CGIL. Car la politique de « stop and go » suivie par le gouvernement, qui, après avoir rouvert les écoles, les musées, les bars et les restaurants en février, a été conduit à reconfiner 11 régions sur 17, avec fermetures des écoles, est très critiquée. Le décentralisation italienne contraint le gouvernement de Rome à coopérer avec les pouvoirs des régions dans le domaine sanitaire comme dans presque tous les autres. Or, entre les régions et le palais Chigi, siège romain du président du conseil, on ne peut que constater quelques « couacs ». Le 4 mars dernier, par exemple, la région lombarde décidait de suspendre l’enseignement en présentiel dans les écoles, à l’exception des classes spécialisées qui accueillent des enfants en situation de handicap ou à besoins particuliers. Quelques heures plus tard, le ministère de l’éducation (au niveau national) indiquait que les écoles resteraient ouvertes aux enfants des travailleurs des secteurs essentiels… ce qui entraîna une polémique sur le contour exact de ce secteur « considéré comme essentiel » puis conduisit le ministère à se rétracter quelques jours plus tard pour se ranger aux positions de la région lombarde : seuls les enfants en situation de handicap ou à besoins particuliers seraient accueillis. La CGIL dénonce des recours incessants au « dietrofront » (rétropédalage) dans la gestion de la crise et conclut son communiqué par la demande d’une « gestion de la crise sanitaire évitant la valse des ordonnances régionales les plus disparates ».

“Surtout, de notre point de vue de syndicat de l’éducation, cela a affecté l’unité du système national d’éducation”

Graziamaria Pistorino

Pour Graziamaria Pistorino, il faut désormais agir au niveau national : « dans cette situation de si forte incidence du virus, comme cela a d’ailleurs été le cas durant la première vague, une centralisation de la décision, au niveau national, est indispensable. La régionalisation des décisions, qui ont été prises au niveau régional à partir du 20 septembre dernier, était supposée mieux s’adapter aux situations locales, mais en pratique cela a créé une fragmentation des choix, jusqu’au niveau municipal, qui n’a pas montré son efficacité. Et surtout, de notre point de vue de syndicat de l’éducation, cela a affecté l’unité du système national d’éducation. » Avant la pandémie, le débat politique italien été axé sur la nécessaire prise d’autonomie des régions, mais « la pandémie a bien montré les limites d’institutions qui ont renforcé l’autonomie régionale, particulièrement dans le domaine de la santé » selon la secrétaire nationale de la FLC-CGIL.

Des recrutements insuffisants

Le gouvernement italien avait annoncé , au début de la crise sanitaire, qu’il procéderait au recrutement massif d’enseignants et d’auxiliaires pour faciliter la reprise en demi-groupes. Le chiffre de 80 000 recrutements avait été évoqué. Aujourd’hui les syndicats italiens constatent que la promesse ne sera pas tenue : les 21 453 postes de « sostegno » (des enseignants recrutés après 5 années d’études universitaires et deux années de spécialisation dans le soutien scolaire) n’ont été pourvus que par 1657 recrutements supplémentaires en début d’année scolaire (92 % de postes restent sans titulaire), ce qui a conduit au recrutement de beaucoup de contractuels (souvent des enseignants non spécialisés et qui n’ont pas trouvé de poste ailleurs). La demande de titulariser les contractuels de « sotegno » qui ont 3 années d’expérience, formulée par les syndicats, n’a pas été acceptée. Pourtant les enseignants et les parents italiens ne tarissent pas d’éloges sur cette organisation de l’école inclusive, « basée sur la loi 104 de 1992, l’une des lois les plus avancées au monde pour la protection des personnes en situation de handicap » affirme Graziamaria Pistorino.

Dans le cadre de la pandémie et du reconfinement, les écoles restent ouvertes aux enfants handicapés ou à difficultés particulières dans les « zones rouges ».

Mais pour les autres enfants, la situation équivaut à un retour à la maison. En réalité les promesses faites au printemps et à l’été 2020 n’ont jamais été tenues, ce qui a rendu caduque l’idée d’un enseignement en demi-groupes et n’a laissée d’autre choix aux autorités en cas de reprise épidémique que la fermeture des établissements. Cette fermeture pose les mêmes problèmes que partout : décrochage massif des enfants des milieux défavorisés, inégalités sociales qui se creusent, difficultés d’utilisation du numérique. Cependant, le nombre moyen d’enfants par foyer étant en Italie l’un des plus faibles d’Europe (avec un taux de fécondité de 1,34, contre 1,92 en France) et l’aide des grands-parents étant souvent sollicitée, le gouvernement italien a eu moins de préventions qu’ailleurs à décréter la fermeture.

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