L’austérité et la mise en concurrence des services publics sont poussées depuis longtemps par la Commission Européenne. Dans toute l’Europe, les travailleuses et les travailleurs des services publics connaissent une dégradation de leur pouvoir d’achat et de leurs conditions de travail. Les organisations syndicales membres du Comité Syndical Européen de l’Éducation (CSEE) et de l’EPSU décident de se saisir du 23 juin, Journée des Nations Unies pour la Fonction publique pour tirer la sonnette d’alarme.
L’éducation en France, exemple d’un sous-investissement chronique
La part du PIB dédiée à l’éducation recule
En France, si le gouvernement vante régulièrement dans les médias un budget de l’Éducation Nationale en hausse, la vérité est cependant plus complexe. En effet, si le gouvernement communique sur l’augmentation du volume total de la dépense il est intéressant de constater que la part de la Dépense Intérieure d’Éducation (DIE) s’est réduite d’un point de PIB depuis les années 1990. En d’autres termes, si on prend en compte l’augmentation de la richesse du pays, il manque environ 30 milliards au budget de l’Éducation Nationale pour seulement retrouver le niveau de dépense intérieur d’éducation des années 90.

29 010 emplois en moins depuis 2006
Même constat de sous-investissement au niveau des postes. Le gouvernement utilise avec cynisme l’argument démographique pour tenter de justifier de nouvelles suppressions d’emplois mais le SNES-FSU a de la mémoire et rétablit les faits. Si on regarde l’évolution des 20 dernières années, on constate que l’Éducation Nationale ne s’est jamais vraiment remise des suppressions massives d’emplois du quinquennat Sarkozy. Les 28 644 suppressions d’emplois alors même que le baby-boom des années 2000 entrainait une hausse considérable des besoins ont considérablement affaibli le service public d’éducation. Une politique de destruction largement poursuivie pendant 10 ans de macronisme. Aujourd’hui, il faudrait créer 40 740 emplois de professeur·es dans le second degré pour seulement retrouver le taux d’encadrement de 2006.

L’ère glaciaire salariale
Le sous-investissement chronique dans l’éducation a très durement frappé le pouvoir d’achat des professeur.es. Le gel prolongé du point d’indice, ou son augmentation inférieure à l’inflation, sont des exemples parlants d’austérité. Entre 2020 et 2024, le point d’indice n’a augmenté que de 5% alors que l’inflation sur la même période était de 15%. Sur un temps plus long, entre 1996 et 2023, le salaire mensuel net moyen a augmenté d’un peu moins de 15% en euros constants pour l’ensemble des salariés du privé. Or, sur la même période, il s’est dégradé pour les fonctionnaires et en particulier pour les enseignant.es. En euros constant, il s’est réduit de 10% pour les certifiés et de près de 15% pour les agrégés. Comment dans ces conditions s’étonner de la pénurie d’enseignant.es et que les concours de recrutement peinent à se remplir ?

Un choix politique assumé
Le sous-investissement dans les services publics n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’un projet politique systémique et assumé au profit de la marchandisation et de l’individualisme.
Si je voulais revaloriser l’ensemble des enseignants, c’est 10 milliards. Je ne vais pas mettre 10 milliards demain, c’est vos impôts.
Emmanuel Macron, 3 octobre 2019, Rodez
Ce projet passe par la destruction méthodique des mécanismes de solidarité, assèche les financements des services publics et refuse de faire contribuer les plus fortunés à l’effort national. Le refus dogmatique du gouvernement d’instaurer la taxe Zucman, pourtant largement soutenue par l’opinion publique, revient à refuser de faire entrer 20 milliards d’euros par an dans les caisses de l’État quand dans le même temps les besoins de nombreux services publics sont criants. D’autres choix budgétaires sont possibles : https://www.snes.edu/article/salaires-milliards-pour-les-actionnaires-miettes-pour-les-fonctionnaires

Mobilisation européenne et mondiale pour le service public d’éducation
Malheureusement, la situation française est loin d’être une exception. Dans le monde entier, et malgré des besoins énormes, les systèmes publics d’éducation sont sous-financés et la pénurie d’enseignant·es est mondiale. Le rapport 2024 commandité par l’Internationale de l’Éducation sur la condition du personnel enseignant le montre : l’insuffisance des rémunérations, la charge de travail, la dégradation des conditions de travail et de la santé mentale sont des facteurs connus et documentés de la perte d’attractivité des métiers de l’éducation.
Les causes de la pénurie mondiale d’enseignant.es sont connues, les remèdes le sont également. En 2024, l’ONU, l’OIT et l’UNESCO ont publié 59 recommandations, dont certaines largement inspirées par des mandats portés par l’IE. Elles sont autant de solutions pour les gouvernements pour améliorer la profession enseignante. A eux de s’en saisir et aux organisations syndicales de les y inciter par la lutte ou la négociation.En 2025, ces recommandations ont été complétées lors du Sommet Mondial sur les Enseignant·es par un autre document : le Consensus de Santiago dont l’objectif est de transformer les recommandations en actions concrètes.
Pour améliorer l’attractivité des métiers de l’éducation, un dialogue social régulier et de qualité est indispensable. Les enseignant.es et leur.es représentan.es connaissent les besoins du terrain. Elles et ils doivent être entendu.es par les responsables politiques et aucune politique éducative ne devrait être imposée contre l’avis du terrain. C’est pour rappeler ce principe fondamental et élémentaire, mais trop souvent bafoué, que le Comité Syndical Européen de l’Éducation a lancé la campagne Trust the teachers, « écoutez les enseignants ».

Cependant, aucune mesure ne pourra voir le jour sans un financement public ambitieux et une plus grande justice fiscale. Pour l’obtenir, l’ensemble des organisations membres de l’Internationale de l’Éducation se sont unies autour d’une même campagne intitulée : La force du public, Ensemble on fait école.

Défendre tous les services publics en France et à l’échelle européenne !
En France et en Europe, il est temps de rompre avec les modèles économiques actuels. A l’occasion du 23 juin, les 8 organisations syndicales françaises représentatives de la fonction publique ont signé une déclaration commune pour exiger un service public de qualité pour les citoyennes et les citoyens et des moyens financiers, humains et techniques à la hauteur des enjeux.
Au niveau européen, la campagne « Urgence des services publics » de l’EPSU est à la fois le diagnostic de services publics européens poussés à leurs limites et un appel à l’action. Elle complète « l’agenda des services publics » publié par la Fédération syndicale européenne des services publics (EPSU en anglais), un manifeste qui présente le programme politique des syndicats européens des services publics. Il appelle à rompre avec les modèles économiques actuels et à s’engager en faveur de l’investissement public, d’une fiscalité équitable et d’emplois publics de qualité.
A l’occasion de la journée du 23 juin, le SNES-FSU s’associe au CSEE, à l’EPSU et à toutes les organisations syndicales mobilisées pour dénoncer les nombreuses attaques contre les services publics et faire entendre ses revendications pour des services publics revalorisés, protégés et respectés.

Vous trouverez ici des informations sur les actions de coopération avec les syndicats d’autres pays, les analyses et réflexions du SNES-FSU sur l’actualité internationale, des comptes-rendu d’instances internationales dans lesquelles siège le SNES-FSU. Des remarques, des questions ?
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